Bordeaux a longtemps souffert et a su tenir son avantage au score avant de doubler la mise en fin de rencontre et assurer sa place en 8e de finale de la C1. A l'image d'une défense exemplaire, le FCGB a répondu à l'impact physique allemand.
Les clubs français ne font toujours pas partie du gratin européen et pourtant Bordeaux est cette saison la première équipe à avoir composté son ticket pour les huitièmes de finale de la Ligue des champions. A 21h22 à Munich, les Girondins étaient déjà virtuellement qualifiés grâce à l'ouverture du score du prodige Gourcuff. Et à 22h30, les hommes de Laurent Blanc avaient leur place définitivement assurée parmi les 16 meilleures formations européennes de l'année une poignée de secondes après le deuxième but signé Chamakh (2-0). Quinze jours après avoir dominé tactiquement le Bayern Munich à Chaban-Delmas (2-1), Bordeaux a réussi dans l'antre bavarois une des plus grosses performances de son histoire. Avec 10 points, le champion de France en titre ne peut plus être devancé par Munich, bien parti pour passer à la trappe cet hiver, ce qui pourrait provoquer un séisme en Bavière...
Gourcuff marque, Carrasso assure
En un an, Bordeaux a, lui, fait beaucoup de chemin. La claque de Stamford Bridge (0-4) de septembre 2009 paraît loin, très loin. Elle a eu comme effet de vacciner des Bordelais désormais transcendés par la performance. Pour eux, le tourisme, c'est fini. En Bavière, Bordeaux a de nouveau impressionné grâce à une solidité et un réalisme de premier ordre. Si Ciani et Planus ont été les héros du match aller, il faut cette fois saluer la remarquable prestation de Cédric Carrasso, impeccable de bout en bout. Le gardien a réussi plusieurs prouesses dont un superbe arrêt réflexe sur une frappe venue d'ailleurs de Schweinsteiger (32e). Le Bayern venait de manquer sa plus belle occasion et le match a basculé cinq minutes plus tard sur une tête victorieuse de Gourcuff (37e, 1-0). Seul au second poteau, le meneur de jeu a repris un lointain coup franc de Wendel et profité d'une maladresse de Butt, peu rassurant. A ce moment-là, les Girondins avaient inscrit leurs cinq buts en C1 sur coups de pied arrêtés.
Chamakh finit le travail
A la reprise, Louis van Gaal n'avait d'autre choix de que lancer la flèche Arjen Robben, le seul capable d'insuffler un vent de révolte dans une Allianz Arena plombée par le désespoir. Et l'entraîneur batave a tenté le tout pour le tout en lançant à l'heure de jeu l'athlétique attaquant Mario Gomez. Mais en vain. Car malgré un frisson de Robben d'un tir croisé de peu hors cadre (62e), c'est le plus souvent Bordeaux qui a déroulé le fil d'un succès construit le plus sereinement du monde. Pour preuve, dans le dernier quart d'heure, le Bayern était à genoux, incapable d'enflammer les débats. Bordeaux était le maître avec Plasil (76e), Gourcuff (78e) et finalement Chamakh, qui a concrétisé un contre meurtrier à la dernière minute (90e, 2-0). Du grand art. - D. Mi.
LES TOURNANTS DU MATCH - 32e : triple occasion pour le Bayern. Carrasso sort une parade sur un coup franc de Schweinsteiger, le ballon revient sur Luca Toni dont la tête est stoppée par la poitrine de Diarra avant que Ciani ne freine le cuir du bras sur un tir de Klose. 37e : Sur un coup franc de Wendel, Gourcuff se démarque de van Bommel et reprend de la tête, Butt laisse passer le ballon. 90e : Contre-attaque de Bordeaux avec Fernando qui lance Chamakh, lequel gagne son duel duel avec Badstuber et Butt. Le Marocain pousse ensuite le ballon dans le but vide.
Avec une qualification pour les huitièmes de finale acquise deux journées avant la fin, les dirigeants bordelais, Jean-Louis Triaud et Nicolas de Tavernost en tête, ne boudaient pas leur plaisir après la victoire face au Bayern MuLaurent Blanc et ses joueurs ont décroché la qualification pour les 8es de finale de la Ligue des champions en dominant à Munich le Bayern (2-0). Fier de ses protégés, le technicien cévenol a même parlé d'exploit. «Je pense que ce soir Bordeaux a réalisé un exploit de gagner ici à Munich et de se qualifier pour les huitièmes de finale. Je suis fier des joueurs car je crois que dans cette configuration de Champion's League, les joueurs prennent de plus en plus confiance. Ils ont pris du plaisir même si on a beaucoup dépensé d'énergie. Il fallait faire un tel match pour obtenir un tel résultat (...) On m'aurait dit qu'après le quatrième match on serait déjà qualifié pour les huitièmes, je vous aurais pris pour des fous. Ca prouve qu'on progresse. Cela fait deux ans qu'on fait cette compétition, on sait la difficulté que l'on a, que les clubs français ont. Se qualifier dès le quatrième match, c'est quelque chose de très fort».
Ciani : «Un gros travail défensif»
L'entraîneur de Bordeaux a par ailleurs confirmé après la rencontre que son équipe s'était déplacée en Bavière avec un maximum d'ambition. Elle a eu raison d'y croire et de tenter les coups à fond surtout devant une formation bavaroise en manque de confiance. «On était venus faire un bon match sachant la difficulté qui nous attendait, sachant que cette équipe du Bayern n'était pas au mieux au niveau de la confiance. Je pense qu'on a laissé un petit peu le ballon à cette équipe du Bayern, ce qu'on n'a pas l'habitude de faire mais je crois qu'on a bien défendu, bien en bloc en laissant très peu d'opportunités à cette équipe du Bayern. Cela a bien fonctionné, chaque fois qu'on a eu des possibilités d'aller de l'avant, on a essayé de le faire et dès le premier coup de pied arrêté, on a réussi à marquer un but qui nous a fait du bien psychologiquement.»
Comme son entraîneur, Michaël Ciani a insisté sur le très bon travail défensif réalisé par les Girondins. «On a réalisé un gros travail défensif, et on s'est battu jusqu'au bout. Le Bayern a eu le monopole du ballon, mais ils n'ont pas réussi à rentrer vraiment dans les 25 derniers mètres.» Sur l'action où il dévie le ballon de la main sur la ligne de but, l'arbitre aurait pu siffler penalty. «Bien sûr que je touche la balle de la main, mais je défends comme je peux. Je vois Klose tout seul, qui n'a plus qu'à pousser la balle, et je me jette et le ballon touche ma main. Après est ce que l'arbitre ne l'a pas vu ou est ce qu'il a estimé que c'est une main involontaire ?
Le président des Girondins de Bordeaux a notamment savouré la bonne gestion du match. «Bordeaux a rempli sa mission, a-t-il dit. On a bien maîtrisé en première période, on a plus souffert en deuxième. Mais on a extrêmement bien défendu, et il y a eu ce deuxième but en contre qui nous libère. Ce qui compte, c'est de gagner, et pour gagner, il faut être intelligent et gérer. On a géré. On s'est qualifié dès la 4e journée, ce qui est très confortable et de bon augure pour la suite. On va pouvoir utiliser les matches qui restent pour que certains joueurs emmagasinent plus d'expérience».
Heureux mais lui aussi mesuré dans ses propos, Nicolas de Tavernost, patron de M6, actionnaire principal de Bordeaux, tenait à rendre hommage aux joueurs, qui ont beaucoup grandi en quelques mois. «Il faut féliciter les joueurs, ce n'était pas évident. Ils ont beaucoup progressé par rapport à l'année dernière, et fait preuve de beaucoup de sérieux et d'application. Mais on est pas là par hasard, on a fait beaucoup d'effort pour en arriver là».